Swing, Sri Lanka And Tony Wheeler

Pendant à peu près deux ans, j’ai dansé le swing quatre soirs par semaine. Chaque soirée avait lieu dans un bar différent, qui accueillait par contre les mêmes danseurs. Inutile de vous dire qu’avec le rythme rapide de cette danse, la moyenne d’âge ne dépassait pas trente ans. …ce qui faisait de Clayton une exception.

Parce que Clayton est allé partout, et qu’il a toujours quelque chose à dire.

En tout cas, c’est la conclusion que j’ai tirée après qu’il m’ait dit que quelqu’un dans sa famille avait été ambassadeur en Islande, qu’il avait travaillé à Londres, et qu’il avait habité pendant un an au Sri Lanka, pour ne nommer que ces petits faits divers.

Bref, le genre de vie qui vous fait oublier que vous avez gagné un concours de dessin en sixième année.

Difficile de dire son âge et, pour vrai, ça n’a pas d’importance. Il est « assez vieux » pour que mes amis et moi on l’ait trouvé vraiment louche avant de le connaître et qu’on se soit demandé ce qu’il faisait là, à inviter des jeunes femmes à danser.

Pourtant, il n’a jamais eu un seul comportement déplacé, ce qu’on ne peut pas dire de tous les hommes qui dansent le swing…

Avec le temps et les voyages, Clayton est devenu un ami, et si vous êtes familier avec la page Facebook de ce blog, vous avez sûrement déjà vu certains de ses commentaires.

Et même si son année passée au Sri Lanka date d’il y a longtemps, avant la guerre civile qui aura durée trente ans, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander de me parler de l’endroit. Je voulais tout savoir avant de partir pour être prête à tout, et me rendre compte sur place que je ne sais rien, comme d’habitude.

Destination Sri Lanka

Photo par Ravindu Ranaweera (Creative Common)

« Alors, le Sri Lanka, c’est comme l’Inde? », que je lui demande.

« Non. Le Sri Lanka c’est le brouillard. », répond Clayton. « Jamais tu ne sauras ce que les habitants y pensent, et il n’y a aucune notion d’objectivité. »

Les Sri Lankais sont fondamentalement non violents (si on met de côté l’ancienne guerre civile au nord, mettons).

Avec un avion de retour qui avait du retard, Clayton me raconte que son visa d’un an était expiré d’une journée. À l’aéroport, l’agent de contrôle à la porte d’embarquement lui a alors refusé le passage. «Visa valide pour entrer, visa valide pour sortir.» C’est comme ça.

Mais avec seulement quelques pas à franchir, Clayton dit à l’agent que malgré la formalité, il passerait devant le garde armé qui surveillait la porte, prendrait l’avion, et quitterait le Sri Lanka, et que si cela ne convenait pas, qu’il n’avait qu’à lui tirer dessus.

Le drame ne s’est pas produit, et c’est comme ça que Clayton est revenu au Canada.

Il m’explique que tout là-bas est relatif. Un banquier peut te dire que ton argent est faux s’il ne veut pas le changer, mais il pourra aussi bien échanger ces même billets le lendemain, s’il en a besoin. Alors est-ce que ces billets sont contrefaits ou non? Bof, ça dépend.

Tout le monde navigue dans cette subjectivité sans trouver que ça a quoi que ce soit de problématique. C’est une question d’entente.

(Je te rassure mamie, je n’ai pas l’intention de défier de gardes armés et mon visa est en ordre.)

Original Lonely Planet Sri Lanka

Avant de quitter cette rencontre, Clayton m’a donné un vieux Lonely Planet. J’avoue que sur le coup, je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir faire d’un guide de 1980. Puis, j’ai remarqué le nom de l’auteur: Tony Wheeler. Le vrai. Le co-fondateur de Lonely.

Il venait de me donner une édition originale.

Et dans l’introduction, on peut lire «  »

Qu’on se le tienne pour dit.


Si vous avez lu ce texte jusqu’à la fin, je me dis que vous avez bien apprécié, non? Alors un petit like Facebook, ça vous dit? Come on, c’est gratiss…

P.S. La photo en couverture de l’article est de McKay Savage, en license Creative common.